Date de parution: 12.02.2026
éditorial
Un emprunt de défense nationale pour moderniser notre armée
La guerre est revenue aux portes de l’Europe. Partout, autour de nous, on réarme. Massivement. Sauf en Suisse. Dormant toujours du sommeil du juste, le Parlement fédéral, ignorant l’alerte sonnée par les militaires, se contente de mesurettes: 1% du PIB d’ici à… 2032, à peine quelques millions en plus au budget 2026. Le résultat? Pour des années encore, si nous ne nous réveillons pas, nous devrons accepter qu’en cas de mobilisation, un tiers seulement des formations de combat puisse être entièrement équipé en matériels lourds.
Comme politiques, avons-nous donc le droit de donner à des militaires de milice – et aux professionnels aussi – des missions sans les moyens nécessaires pour les remplir avec, de surcroît, la plupart des systèmes lourds en cours d’obsolescence et des vulnérabilités critiques? A l’évidence, non!
Nous devons prendre la mesure des risques que comporte ce monde qui, pour la Suisse aussi, est devenu plus dangereux. Face au blocage du monde politique fédéral, incapable de fixer de vraies priorités, nous n’avons pas le droit de mettre le frein à l’endettement au-dessus des impératifs de la sécurité du Pays. L’Association des sociétés militaires suisses, à juste titre, s’en inquiète.
Nous devons donc trouver une voie nouvelle.
Ce chemin, il existe. Il n’est même pas si nouveau. C’est Rudolf Minger qui, en 1936, avait réussi à en faire approuver l’idée: pas de nouvel impôt (l’IDN, nous avons donné…), pas d’augmentation de la TVA (socialement injuste en ces temps d’augmentation du coût de la vie), mais un emprunt de défense nationale; l’équipement complet et la modernisation de notre armée, ce sont les citoyens qui le financeront. En 1936, sur les 235 millions espérés, les Suisses n’avaient-ils pas souscrit… 335 millions?
Dans un contexte géopolitique instable et plein de risques, c’est le seul moyen, pour la Suisse, de préserver son autonomie stratégique. Au Conseil des Etats, Werner Salzmann a ouvert cette voie avec un postulat 243042, hélas retiré (frein à l’endettement oblige…). J’ai repris le flambeau au Conseil national avec une motion 253408 proposant un emprunt de défense nationale d’un maximum de 40 milliards de francs levés par l’émission d’obligations d’Etat éventuellement garanties par les fonds de la BNS. J’ai été suivi, à nouveau aux Etats, par Andrea Gmür-Schönenberger avec une motion 253978, actuellement en cours d’examen par sa Commission de la politique de sécurité.
Le Conseil fédéral, arc-bouté sur le frein à l’endettement érigé en principe sacré, s’y oppose. Qu’à cela ne tienne, j’irai jusqu’au bout. Car il le faut.
La tâche, en effet, est lourde: l’emprunt proposé devra permettre de financer un programme d’armement extraordinaire visant au rééquipement complet de nos formations en systèmes modernes, à la reconstitution de stocks de munitions adaptés aux nécessités d’un engagement, à l’introduction massive de drones dont l’efficacité fait ses preuves tous les jours en Ukraine, au développement de nos capacités spatiales et à un renforcement significatif des technologies de l’information et de la cyberdéfense.
L’effort exceptionnel que les Suisses avaient reconnu nécessaire en 1936, la situation d’aujourd’hui l’exige. L’exception récemment consentie par l’Allemagne au frein à l’endettement pour financer un programme sans précédent de réarmement de plusieurs centaines de milliards d’euros, la Constitution fédérale, n’en déplaise aux comptables qui nous dirigent, l’autorise (art. 126 al. 3). Il ne s’agit donc pas de supprimer un principe qui demeure utile pour préserver notre Pays, dans l’intérêt des générations futures, des aventures budgétaires, mais seulement d’y faire une exception ciblée.
Notre Pays a montré sa capacité à assumer d’autres engagements urgents (sauvetage d’UBS, Covid), même pour des montants supérieurs à celui que je propose. Il peut – plus encore, il doit le faire pour sa sécurité. Un emprunt évitera d’affecter les autres domaines prioritaires de l’État.
Assorti de conditions attractives, un emprunt de défense nationale permettra aux citoyens et aux entreprises suisses de donner un signe fort de leur volonté de défense et de leur esprit de défense.
Cet investissement renforcera l’économie suisse, stimulera l’industrie nationale, consolidera le savoir-faire technologique et soutiendra l’emploi, notamment grâce aux technologies à double usage profitant à la défense autant qu’aux infrastructures civiles.
Jean-Luc Addor, Conseiller national, Membre de la commission de la politique de sécurité
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